La Fuite

 Corresponding text in English, The escape

Lorsqu’ils furent partis, un ange du Seigneur apparut dans un rêve à Joseph et dit : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je te parle, car Hérode va rechercher le petit enfant pour le faire mourir. » Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère et se retira en Egypte.

Matthieu 2 : 13, 14

Une situation difficile. La condition de réfugiés fuyant les zones de persécution, de violence, de guerre n’est pas inconnue dans la Bible. La famille de Joseph a dû fuir de son pays, Israël, pour se réfugier dans un pays voisin, l’Égypte. La menace de mort qui pesait sur elle, plus précisément sur l’enfant Jésus que le roi Hérode, né à Askalon en 73 avant J.-C. et mort à Jéricho en 4 av. J.-C., voulait faire périr, l’a obligé à partir ailleurs. La sécurité n’est plus possible, la vie de l’enfant est menacée. Hérode, roi de Judée, a cherché à en savoir davantage sur la naissance de l’enfant-roi à naître. Il cherchait à savoir pourquoi des mages étaient venus d’Orient pour adorer l’enfant. Après quelques recherches dans les textes anciens, il apprit par les scribes que dans la ville de Bethléem naîtrait le Messie annoncé par le prophète Michée.(Michée 5 : 1) Il avait alors demandé aux mages de revenir après leur rencontre avec le nouveau-né afin de lui indiquer l’endroit où la famille résidait ; il pourrait alors aller à son tour adorer l’enfant.(Matthieu 2 : 8) Mais les mages avaient été avertis en songe de ne pas retourner auprès du roi Hérode et de prendre un autre chemin (Matthieu 2 : 12). Les intentions du roi Hérode n’étaient pas du tout l’adoration, mais l’éradication. Il ne pouvait accepter la prétention d’un enfant au trône de Juda. Hérode le Grand était réputé pour faire tuer ses opposants jusqu’à sa propre famille. Saint-Augustin parle du massacre en référence au passage qui nous concerne, il écrit : Chacun exècre la cruauté d’Hérode dans l’Évangile, lorsqu’à l’écoute du récit de la naissance du Xrist, il commande le massacre de tant d’enfants. (L’œuvre de St-Augustin, réplique à Faustus le Manichéens, livre 12).

Hérode le Grand

Buste d’Hérode le Grand

La fuitePendant ce temps, Joseph est lui aussi averti de quitter la ville de Bethléem et de s’en aller en Égypte. (Matthieu 2 : 13) C’est durant la nuit que le départ fût précipité. Se sachant trompé par les mages, Hérode, très en colère, fit périr les enfants de deux ans et moins.(Matthieu 2 : 16) Cette indication macabre nous précise un peu l’âge que devait avoir Jésus au moment de cet événement. Une période d’environ deux années sépare les versets un et onze du chapitre deuxième de l’Évangile selon Matthieu. En effet, le terme grec dans le texte ne parle pas de bébé, de nouveau-né, (BREPHOS en grec) mais bien d’un enfant (PAÏS en grec) de plus ou moins deux ans. Quand les mages s’adressèrent au roi, Hérode comprit qu’un enfant de moins de deux ans devenait un rival pour son trône ou celui de sa succession. Le désir d’en finir avec certitude lui fit accomplir ce meurtre cruel, le massacre des enfants de la région de Bethléem.

Nous avons donc devant nous le portrait d’une jeune famille en fuite : un homme d’âge moyen, une jeune mère et son enfant de deux ans. Peut-être avaient-ils un âne qui leur permit de voyager plus aisément comme s’était l’usage à l’époque ; l’enfant pouvait alors s’asseoir dessus en compagnie de sa mère lorsqu’elle était fatiguée. Un voyage long à parcourir car le chemin se faisait principalement à pied, tantôt à dos d’âne, tout au moins pour Marie et l’enfant Jésus. Un parcours de 300 à 350 kilomètres à travers les zones arides qui séparent Israël de l’Égypte.

La marche ardue à travers la rocaille et sous un soleil de plomb. D’autant plus que les vêtements bien que confortable ne permettaient pas un déplacement de randonnée sportive que nous connaissons aujourd’hui.

Leur accoutrementJoseph était certainement vêtu d’une tunique en lin, le chalouk, (Talmud de Jérusalem, Shabbat, fol. 15, 4 et Talmud de Babylone, Shabbat, fol. 120, 1.). Par-dessus il devait porter une robe ou manteau, le talith, qui était fait en laine. Ce manteau pouvait être blanc ou rayé de brun. Pour certains ayant plus d’aisance financière, il pouvait être de couleur vive. Il devait aussi porter une ceinture de cuir comme Jean le Baptise (Matthieu 3 : 4)) ou de lin comme le prophète Jérémie (Jérémie 13 : 1). Il devait aussi porter sur sa tête le turban (Souda en hébreu – Talmud de Babylone, Shabbat, 77 b).

Marie devait porter sensiblement le même type de vêtement en plus ample. En effet le manteau des femmes permettait de porter du grain que celles-ci auraient glaner, à l’instar de Ruth qui pouvait porter jusqu’à six mesures d’orge (30 kilos environ) dans son manteau (Ruth 3 : 15). La ceinture de lin et de coton enserrait la taille de la femme plusieurs fois. Elle lui permettait alors de soutenir la charge qu’elle pouvait porter sur elle. Elle avait aussi un voile qu’elle n’était pas obligée de revêtir, plus utile contre le soleil que pour cacher le visage aux regards indiscrets. Tous les deux devaient chausser des sandales (SANDALIA en grec) faites de cuir plus rustique que les souliers. Les sandales étaient attachées avec des courroies de cuir de chameau ou d’hyène (Marc 1 : 7). Le pied restait découvert. Les semelles étaient faites de bois, de jonc ou d’écorce qui étaient clouées au cuir (Talmud de Babylone, Shabbat, fol. 60, 1 ; Joma, fol. 78, 2). Joseph et Marie pouvaient avoir des souliers (HYPODÉMATA en grec) en cuir mou. Le cuir était le même que celui des courroies pour la confection des sandales (Ézéchiel 16 : 10). Toutefois, les souliers étaient l’apanage des milieux aisés.

Les hommes, lors de longues marches, avaient un bâton d’appui. Ces cannes leur permettaient de se défendre contre les agressions de chiens sauvages ou tout autre animal de petites tailles qui pouvaient se trouver sur leur route.

Fuite de Joseph

Une marche de plusieurs jours, voire un à deux mois. Un bon marcheur peut faire une randonnée de 20 à 30 km en une journée et soutenir le même rythme pendant plusieurs jours. Joseph et sa famille devait cependant s’arrêter le jour du Sabbat. De plus, une marche continuelle durant les jours les plus chauds devait être ralentie pour ne pas s’essouffler trop vite ou encore se désaltérer. Quoiqu’il en soit, une marche d’une telle envergure avec une jeune famille n’était pas de tout repos.

Carte du trajet Bethléem-Égypte

La fuite, sur fond de massacre, témoigne de ce conflit qu’il existe au sein de l’humanité. Depuis longtemps déjà tout au long de l’histoire, des peuples se sont déplacés pour fuir la violence, la guerre, la famine, la soif. Ils ont essayé de trouver une aire de repos où continuer à vivre en paix. Jésus n’y a pas échappé et avant lui le peuple d’Israël à quelques reprises. Le rejet constant d’une société ou d’individus, qui, pour survivre, doit se déplacer vers des terres inconnues, ne sachant que trouver à l’arrivée. L’incertitude du lendemain, le rejet de ceux qui se protègent face à une masse aussi impressionnante en mouvement, le chamboulement occasionné par un tel flux, le rejet des uns, l’insoumission des autres, tant de facteurs qui rendent inconfortables ces relations forcées.

Que conclure de cette fuite ?

La cause de cette fuite nous amène à considérer la cruauté du roi Hérode. À travers cette réaction combien le monde subit de conflits, de violences, d’exactions. Des luttes qui dérangent et forcent des milliers, voire des millions de personnes à tout quitter pour aller s’établir ailleurs. Un combat perpétuel tout au long de l’histoire de l’humanité. Chacun cherche à vivre en paix et cependant, rien ne peut garantir que la vie se déroulera sans trouble. L’on doit être prêt à regarder au-delà de l’horizon. À la manière de Joseph qui n’a pas hésité à suivre les recommandations du messager pour aller en Égypte, un pays qu’il n’avait certainement jamais vu, à peine entendu parlé.

Et cependant, l’attitude de Joseph témoigne de sa confiance dans l’avertissement qu’il reçoit. Il aurait pu se poser des questions et se demander si la fuite était une solution. Après tout, il semblait bien établi à Bethléem avec sa famille. Pourquoi tout laisser pour repartir à zéro, ailleurs ? Il fallait qu’il ait confiance ! C’est cette confiance qui l’a guidé, à la manière d’Abraham à qui le Seigneur avait demandé de quitter son pays pour aller vers le pays qu’il lui donnerait en héritage. (Genèse 12 : 1-4) C’est cette confiance qui donne la force d’avancer et de prendre parfois des chemins impraticables qui semblent sans but et menant vers l’inconnu.

Mais cette confiance signifie pour Joseph, l’assurance que Dieu est avec lui. Il le soutient et le guide, ce que l’ange exprime dans le texte. Joseph est averti. Il part. Cette confiance en Dieu est importante pour nous tous. Elle nous permet de ne pas douter de l’avenir car même dans l’épreuve, le Seigneur marche avec ceux qui Lui font confiance, cela est ouvert à tous.

Nous considérons bien souvent Dieu comme revêche, absent et dur avec l’humanité, et pourtant n’a-t-il pas marché avec son peuple dans le désert ? Ne l’a-t-il pas soutenu dans l’épreuve et dans l’adversité ? De même que Dieu a marché avec Israël, de même Jésus a marché avec ses disciples et avec tous ceux qui se rassemblaient autour de Lui. Il s’est laissé toucher, approcher (Matthieu 9 : 20). Il s’est entretenu avec tout un chacun. Il a guéri (Jean 5 : 11), il a rendu la vue (Marc 10 : 52). Il a bu, il a mangé (Mattieu 9 : 10), il a pleuré (Jean 11 : 35), Il a souffert (Hébreux 5 : 8). Toutes ces attitudes nous offre le témoignage d’un Dieu concerné et aimant. Un Dieu qui désire une relation rapprochée. C’est une main tendue, plus encore c’est une prise en main ou plus exactement une prise par la main pour marcher avec chacun d’entre nous.

Cependant je suis toujours avec toi : tu m’as empoigné la main droite, dit le Psaume 73 : 23

Si nous sommes étrangers sur cette terre, sachons que nous ne sommes pas seuls, car Dieu nous accompagne jusqu’à l’aboutissement du voyage.

C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir reçu les biens promis, mais ils les ont vus et salués de loin, et ils ont reconnu qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Hébreux 11 : 13

Ne devrions-nous pas tendre la main aux autres et offrir notre soutien afin de les accompagner le double de la distance demandée (Matthieu 5 : 41) comme Jésus à lui-même marché avec nous et le fait encore aujourd’hui ?

A propos Yanick Baudequin

Yanick est au Canada depuis 1981. Il a obtenu ses diplômes de cuisine à l’École hôtelière de Gascogne à Bordeaux en France où il a rencontré son épouse. Il a travaillé dans divers restaurants au Québec puis en Ontario. Il vit actuellement à Ottawa avec sa famille. En 1988, il a été ordonné Évangéliste par la Christian Reformed Church in North America, afin d'établir une petite communauté, l'Église chrétienne réformée Saint-Paul. L'assemblée a été fermé en 1999. Yanick, en partenariat avec son épouse, a débuté une entreprise de traiteur, La Gourmandise Ltd, qui continue à opérer aujourd'hui. Il a étudié pendant son ministère à l'Institut de théologie Farel à Québec (Québec), Ottawa Theological Hall à Ottawa (Ontario), Calvin College à Grand Rapids (USA). Il a été ordonné pasteur de l'Église réformée du Québec en 1987. Son but aujourd’hui est de faciliter un dialogue concernant la bible et ses enseignements. Yanick arrived in Canada in April 1981. He was trained as a Cook at the École hôtelière de Gascogne (Catering School) at Bordeaux, France, where he met his wife. He worked in Restaurants in Québec and in Ontario. He lives today with his family at Ottawa in Ontario. In 1988, he was ordained as Evangelist in the Christian Reformed Church in North America to establish a small community named Église chrétienne réformée Saint-Paul that was closed in 1999. In partnership with his wife, Yanick started a catering business in January 2000 named La Gourmandise Ltd that is still operating today. During his ministry, he studied at the Theological Institute of Farel at Québec (QC), Ottawa Theological Hall at Ottawa (Ontario) and Calvin College at Grand Rapids (USA). Meanwhile, he was ordained as a pastor in Église réformée du Québec (Reformed Church of Quebec) in 1987. Today, he desires to share his knowledge concerning the biblical teachings.
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