La normalité de la vie cultuelle dans l’église

Corresponding text in English: The normality of Worship life in the Church.

La normalité se définit selon ce que chacun vit au quotidien en fonction de son bien-être. Un équilibre dans l’existence de tous pour une vie sans encombre.

Le culte est une relation de cœur à cœur au sein de la communion fraternelle en plus de ce qu’elle est envers Dieu. Elle s’exprime par la célébration dominicale ainsi que tous les rassemblements de la vie communautaire.

Mais cette normalité l’est-elle en tout temps, en tous moments, en tous lieux ?

Ce n’est pas la première fois que l’église fait face à des remises en question de ses rassemblements cultuels. Il suffit de penser à ces événements extraordinaires qui ont forcés l’église à changer la façon « habituelle » de célébrer durant par exemple les épidémies de choléra, de peste, ou encore les persécutions. L’église devait trouver d’autres façons de se réunir : au milieu des forêts, dans des caves et même de suspendre ses célébrations. De façon plus positive, lorsqu’une nouvelle mission se développe, l’habituelle célébration est abandonnée afin d’être adaptée à la nouvelle situation. La liste pourrait être longue. Le Nouveau Testament témoigne de ces pratiques nouvellement instaurées quand il est dit que des familles se réunissaient pour célébrer dans les maisons afin de compléter les célébrations désuètes dans les synagogues (Actes 2 : 46 , lire aussi Romains 16 : 5).

Ces paroles du Xrist résonnent alors : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » (Matthieu 18 : 20) C’est à mon avis la normalité à comprendre sans vouloir la numériser. Pourquoi 2 ou 3 et non pas une dizaine ou plus ?

Le nombre ici à peu d’importance, car il s’agit davantage de qualité de regroupement plutôt que de nombre en soi. En effet, le nombre deux est le plus petit nombre de personnes que l’on puisse rassembler dans un groupe. Trois est celui qui l’augmente. Par ses paroles Jésus témoigne de la qualité de ce regroupement. Ce n’est pas tant le nombre (minimum ou augmenté) qui donne au groupe sa qualité, mais les paroles qui suivent : « Je suis au milieu d’eux. » Il faut comprendre que Jésus est celui qui donne cette qualité cultuelle tant recherchée. Cela permet alors d’accepter avec plus de faciliter les empêchements de rassemblements rencontrés au cours d’une vie.

Le problème rencontré aujourd’hui est que l’on se retrouve, seul(e), isolé(e), confiné(e) à cause de la covid 19. La normalité de chacun est déséquilibrée, elle a perdu de son balan, en bref, elle s’est effondrée.

Comment alors retrouver cette normalité cultuelle ?

Jonas fut l’homme biblique du confinement extrême. Cet homme qui fuyait Dieu, a été jeté à la mer pour calmer une tempête qui menaçait de faire couler le bateau dans lequel il fuyait. Il fût ensuite avalé par un énorme poisson dans le ventre duquel il a passé trois jours avant d’être libéré. Sans vouloir faire de similitudes avec le pourquoi de la situation dans laquelle se retrouve Jonas et la nôtre, il n’est pas moins intéressant de noter un isolement du plus extrême. Je ne discuterai pas de la valeur littéraire probante ou non du récit. La Bible témoigne de ce que l’événement vécu par Jonas lui a suscité des angoisses et des troubles psychologiques extrêmes, ces deux versets le relatent : « Dans ma détresse » (Jonas 2 : 2) et aussi « Quand mon âme était abattue au dedans de moi » (Jonas 2 : 7) dit Jonas. Mais la situation a ceci de particulier qu’il se tourne vers l’Éternel pour son salut.

Cette condition anormale le pousse à (re)trouver son équilibre avec Dieu. Cela lui permet de subir pleinement l’œuvre salvatrice divine (Jonas 2 : 9) ; cette œuvre dont il sait qu’elle est déjà en marche pour sauver même les gens repentant dans le monde, hors du peuple judaïque de son époque (Jonas 4 : 1, 2) – raison pour laquelle il s’enfuyait afin de ne pas obéir aux exigences divines : faire entendre la parole divine pour que la population de Ninive se repente.

Bien souvent, nous considérons comme étant ennemi tout ce qui déroge à ce que nous considérons comme normal. Mais ne peut-on pas le comprendre autrement ?

Toute cette situation aujourd’hui nous amène à réexaminer le bien fondé de nos vies, nos relations avec autrui, nous-mêmes et aussi Dieu. « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous » écrit l’apôtre Paul aux Corinthiens (1 Corinthiens 6 : 19). Cette parole amène à considérer que ce lien entre Dieu et le monde n’est pas rompu mais qu’il est sécurisé par Dieu lui-même. Chacun des corps est le temple du Saint-Esprit ou en a le potentiel. En ce sens, nous avons une force qui nous pousse à rechercher toujours plus cette relation avec Dieu et à nous permettre de poursuivre vers l’avant. À la manière de Jonas qui, dans le ventre du poisson, avait la certitude qu’il reverrait son Dieu (Jonas 2 : 4).

La normalité cultuelle n’existe pas, ou plus exactement, elle peut être ébranlée et reformulée dans une autre réalité. À l’instar des apôtres qui s’étaient retranchés dans une chambre haute en attendant la suite des événements, chacun se retrouve isolé, enfermé seul face à lui-même en se demandant ce que tout cela signifie. Et de même que l’Esprit de Dieu a soufflé sur eux pour les faire sortir de cette chambre dans laquelle ils s’étaient enfermés, nous aussi nous sommes toujours emplis de l’Esprit Saint afin de poursuivre et ne pas abandonner (Actes 2). Les moyens technologiques mis à notre disposition permettent de nous relier les uns les autres en poursuivant cette communion fraternelle qui semble rompue. Cette technologie nous pousse à mettre en place des moyens afin de poursuivre l’œuvre divine : faire entendre la voix de l’Éternel pour le salut de l’humanité. Il s’agit donc de saisir toutes les opportunités possibles afin de poursuivre cette communion fraternelle, quelle que soit la forme qu’elle puisse prendre en attendant d’éventuels rassemblements tels que nous les connaissions auparavant. Et cela ne signifie pas de forcer quoique ce soit, mais de mettre à la disposition de chacun la possibilité de l’accepter ou non. En pensant à ceux qui ne peuvent se rassembler comme nous en avons l’habitude c’est un peu partager le fardeau qu’elles portent alors qu’elles sont interdites de rassemblements – Dans certains pays les rassemblements religieux sont interdits car contraires aux idéologies au pouvoir. Mais il ne faut pas oublier que « le royaume des cieux est proche » (Matthieu 10 : 7). Dans cette perspective, il faut garder la vision de cet immense rassemblement à venir « Et j’entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. » (Apocalypse 21 : 3)

Repenser l’église, c’est la faire avancer. La faire avancer, c’est ébranler les fondements connus. Ébranler les fondements, c’est la fortifier. C’était le cas au commencement de notre ère après l’ascension du Xrist. Dieu à travers Jésus, intervient dans le monde pour ébranler les conceptions de l’époque et changer la façon de répandre son Évangile. Ce fût le cas au cours des siècles qui suivirent tout au long de l’histoire de l’humanité. C’est encore le cas aujourd’hui. Notre confort met à mal trop souvent les intentions divines. Les anormalités, les déséquilibres nous empêchent de nous satisfaire de notre statut tout en nous forçant à rechercher une réalité, une autre adaptation pour faire entendre la voix divine :

« Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu; car c’est pour cela que j’ai été envoyé.» (Luc 4 : 43)

« car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.» (Luc 17 : 21)

A propos Yanick Baudequin

Yanick est au Canada depuis 1981. Il a obtenu ses diplômes de cuisine à l’École hôtelière de Gascogne à Bordeaux en France où il a rencontré son épouse. Il a travaillé dans divers restaurants au Québec puis en Ontario. Il vit actuellement à Ottawa avec sa famille. En 1988, il a été ordonné Évangéliste par la Christian Reformed Church in North America, afin d'établir une petite communauté, l'Église chrétienne réformée Saint-Paul. L'assemblée a été fermé en 1999. Yanick, en partenariat avec son épouse, a débuté une entreprise de traiteur, La Gourmandise Ltd, qui continue à opérer aujourd'hui. Il a étudié pendant son ministère à l'Institut de théologie Farel à Québec (Québec), Ottawa Theological Hall à Ottawa (Ontario), Calvin College à Grand Rapids (USA). Il a été ordonné pasteur de l'Église réformée du Québec en 1987. Son but aujourd’hui est de faciliter un dialogue concernant la bible et ses enseignements. Yanick arrived in Canada in April 1981. He was trained as a Cook at the École hôtelière de Gascogne (Catering School) at Bordeaux, France, where he met his wife. He worked in Restaurants in Québec and in Ontario. He lives today with his family at Ottawa in Ontario. In 1988, he was ordained as Evangelist in the Christian Reformed Church in North America to establish a small community named Église chrétienne réformée Saint-Paul that was closed in 1999. In partnership with his wife, Yanick started a catering business in January 2000 named La Gourmandise Ltd that is still operating today. During his ministry, he studied at the Theological Institute of Farel at Québec (QC), Ottawa Theological Hall at Ottawa (Ontario) and Calvin College at Grand Rapids (USA). Meanwhile, he was ordained as a pastor in Église réformée du Québec (Reformed Church of Quebec) in 1987. Today, he desires to share his knowledge concerning the biblical teachings.
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