Le politique – 1

Corresponding text in English: Politic – 1.

Genèse 3 : 1-7

Le sujet du politique est bien présent dans la Bible dont l’histoire des récits couvrent des centaines voire des milliers d’années. Il ne faut cependant pas le confondre avec la politique qui concerne davantage les décisions prises afin de gérer et de gouverner. Il est cependant vrai que cette politique-là y est aussi présente. La ligne de distinction est parfois mince entre ces deux aspects. Ce qui concerne le politique touche, en quelques mots, un domaine beaucoup plus vaste que la politique que nous connaissons au quotidien et qui toutefois en fait partie (lire à cet effet l’article sur France Culture (La politique et le politique).

Le sujet de la politique est d’autant bien connu que dans beaucoup de familles il est tout simplement écarté afin de ne pas entrainer des discussions échauffées voire conflictuelles, ainsi que l’affirme Fiodor Dostoïevski : « Il existe une loi politique et peut-être naturelle qui exige que deux voisins forts et proches, quelle que soit leur mutuelle amitié au début, finissent toujours par en venir à un désir d’extermination réciproque 1. » Et cependant la politique est nécessaire en ce que personne n’y échappe. Que l’on se dise politique ou apolitique, intéressé ou non, on participe à son développement. Warren Beatty un acteur bien connu des années 60 à 80 avait déclaré : « Lénine a dit que les gens votent avec leurs pieds. Hé bien, c’est ce qui se passe. Soit, ils vont, soit, ils ne vont pas. Tout est politique. Tout est démographie. » Cette formulation amusante amène donc tout un chacun à repenser son implication politique qui peut être consciente ou non.

« Le politique doit posséder une certaine connaissance de ce qui a rapport à l’âme. » écrivait Aristote 2 Aux yeux des grecs anciens, la société politique est un don divin, un don des dieux. En ce sens chaque cité grecque était associée à un dieu : La ville d’Athènes à la déesse Athéna, la ville d’Éphèse à Artémis, etc… Le politique étant étroitement lié à la moralité fit dire à Platon 3 : « la cité juste engendre l’homme juste. »

La Bible n’est pas un traité de politique ni même une réflexion sur le sujet comme l’est l’œuvre de Platon. Mais comme tout ouvrage qui traite de l’histoire de l’humanité, ou tout au moins d’une partie de cette humanité, il n’échappe pas à cette réalité de témoigner du politique. La Bible n’est pas exclue du lot. Le livre de la Genèse au chapitre 3 nous relate un acte bien connu : la chute d’Adam et Ève, je préfère parler de désobéissance envers Dieu ou plus exactement en ce qui nous concerne d’une prise de décision concertée pour assurer son propre avenir. Derrière l’aspect théologique que l’on a tiré de ce récit, il existe également l’action politique : l’insatisfaction envers l’autorité supérieure. Le mot politique vient du mot polis qui signifie cité ou ville, ce mot est de la même racine que le mot polus qui signifie plusieurs en grec. L’on comprend alors qu’une ville ou bien un groupe de personnes associées entre elles ne peut échapper au politique. Une prise de décision en groupe devient alors politique. Il en va de même avec ce qu’il se passe dans le jardin d’Éden. Deux individus sous l’influence d’un troisième, le serpent, refusent l’autorité suprême qu’est ce Dieu créateur. Deux visions s’affrontent dans ce lieu idyllique qu’est le jardin du plaisir : D’une part l’autorité en place qui a tout fait pour le mieux d’une humanité nouvellement naissante et d’autre part cette humanité qui désire se prendre en main en n’acceptant pas de supériorité autre que sa propre décision. C’est ce que signifie ce geste bien connu de la cueillette du fruit défendu pour la consommation.

Le ‘’plusieurs’’ dans ce texte est représenté par Adam et Ève principalement à l’instigation du serpent qui vient déstabiliser l’ordre des choses tel qu’établies auparavant. En agissant ainsi, Adam et Ève se distance de leur état d’origine. Dès les premières lignes qui décrivent leur prise de décision à la désobéissance, les conséquences de leur choix sont exprimées par le fait que Dieu ne les trouve plus dans le jardin. Une séparation s’est produite, une séparation s’est créée entre les deux partis. D’un côté, du point de vue divin, une autorité bienveillante et de l’autre un groupuscule qui ne se satisfait pas de cette bienveillance et qui voudrait pouvoir s’auto-gérer. Ou si l’on préfère, du point de vue humain, il y a d’un côté l’autorité imposée et de l’autre l’humanité qui veut se définir en dehors de cette autorité imposée. Dieu ne fait plus parti du cercle des humains. L’action d’éclat d’Adam et Ève est de chercher une identité qui leur est propre sous l’influence certes d’un tiers (Genèse 3 :4). La décision mutuelle prise par l’homme et la femme va les diriger sur le chemin du politique qui va les éloigner de leurs acquis de tranquillité et de bien-être tout en les propulsant vers un monde nouveau dont certainement Dieu connaissait l’issu ; les remontrances qui leur sont faites expriment cette nouvelle réalité (Genèse 3 :15-19).

En posant ce geste de se séparer de l’autorité supérieure pour satisfaire leur désir de s’approprier cette autorité, ils se séparent de la source de vie pour suivre le chemin de l’inconnu qui mène vers la mort c’est-à-dire la séparation d’avec Dieu. Ce fardeau est porté par tous. Quoique… Dieu ne cherche pas la mort absolue de l’humanité. L’homme et la femme doivent poursuivre leur route, mais à l’extérieur de ce qui leur a été offert. C’est en ce sens que le jardin d’Éden disparait, car la femme et l’homme doivent acquérir maintenant cette connaissance de cette nouvelle réalité.

L’importance de ce texte est cette nouvelle voie à suivre, cet ‘’aller de l’avant’’ qui dirige Ève et Adam vers un but : la descendance de la femme écrasera la tête du serpent. Autrement dit, quelqu’un viendra pour vaincre cette séparation d’avec Dieu. Ni Adam, ni Ève ne se sont lamentés d’avoir perdu une vie de rêve. Ils ont relevé le défi pour avancer sachant que malgré leur décision, Dieu continuerait à marcher avec eux. Dieu, ou si l’on préfère, cette autorité supérieure est surprenant. Car au lieu de réduire en cendre ses opposants, de les fustiger de mille maux, ou tout simplement de recommencer à zéro, il regarde au-delà de leur horizon pour intervenir au rétablissement d’une société plus juste. Devrais-je dire que Dieu accompagnera ces êtres humains rebelles pour rebâtir avec eux un monde meilleur ?

La conséquence de leur décision est certes dramatique autant pour l’un que pour l’autre, c’est sans compter le désastre causé à leur descendance immédiate. Et même si les paroles divines sont dures à entendre, elles témoignent cependant d’une réalité : le geste commis a des répercussions dans la vie quotidienne. Car tout ce que la femme et l’homme aura connu jusqu’alors sera bouleversé. Les difficultés vont envahir toutes les sphères de leur existence. Il y a deux aspects intéressants à noter dans l’attitude de chacun : Dieu d’un côté et l’humanité de l’autre, incarnée en Adam et Ève.

Dans un premier aspect, Dieu va offrir un but et un moyen pour aboutir : « Ta descendance écrasera la tête du serpent (Genèse 3 : 15). » Cette affirmation prononcée par Dieu répond à la situation désastreuse dans laquelle l’humanité s’est jetée en convoitant ce qui était défendu. Mais au lieu de tout détruire comme il aurait pu le faire, il choisira le moindre mal : la douleur et la souffrance fera désormais partie de la vie humaine mais non la destruction totale. Car il viendra un temps où la tête du serpent sera écrasée. Il faut comprendre que ce qui était la cause de tous leurs problèmes disparaitra. Dieu ne veut pas détruire l’humanité, il veut au contraire la maintenir et lui offrir une porte de salut. Le moyen qu’il offre au premier couple d’humains se situe en leur descendance, plus exactement la descendance de la femme. Car c’est à travers elle que se réalisera la promesse divine. Dieu prend donc le parti de l’humanité en introduisant le salut à travers la descendance de la femme.

Adam le comprend très bien quand il reconnait en Ève la vie qu’elle transmet par la suite. Le prénom ‘’Ève’’ signifie ‘’celle qui donne la vie.’’ L’humanité décide donc de regarder vers l’avant et non vers ce qu’elle a perdu avec le jardin d’Éden. L’homme et la femme vont apprendre à marcher au travers de cette nouvelle vie jalonnée de misère, de douleur, de peine voire de mort jusqu’à ce moment fatidique où la descendance de la femme écrasera la tête du serpent.

C’est cette perspective positive, cette espérance qui encourage à poursuivre à vivre malgré les épreuves. C’est cette perspective encourageante qui motive l’humanité à concevoir un avenir meilleur, que l’on soit ou non croyant. Et, dans ce sens, tout n’est pas obscure. L’espoir est bien présent, l’espérance est bien vivante, la motivation est bien réelle et n’est pas utopique.

Le changement fait parti intégrante de la vie humaine. Dieu en a initié le mouvement – et ceci sans considérer l’acte créationnel qui serait le premier exemple.

Nous pourrions conclure avec Roland Poupon : « La politique devient grande lorsqu’elle écoute les petits » (Roland Poupon, Liban, Aïn Aar, 1948) et nous pourrions rajouter : « pour les élever. »

« Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui? Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui? Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu, Et tu l’as couronné de gloire et de magnificence. » Psaume 8 : 4,5

Notes de références :

1- Journal d’un écrivain, 1876, Considérations sur l’Europe, Fiodor Dostoïevski, écrivain russe – Moscou 30 octobre 1821 – Saint-Pétersbourg 28 janvier 1881. (retour au texte)
2- Éthique à Nicomaque, Aristote, 384 à 322 av. J.-C. (retour au texte)
3- Platon, philosophe grec, 427 à 347 av. J.-C., Athènes (retour au texte)
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