Rois ou mages

CORRESPONDING TEXT IN ENGLISH: KINGS OR MAGI

Vieille figurines de plâtre peintes à la main – Old hand painted plaster figures

Beaucoup a déjà été écrit sur les « rois-mages » bien connus dans la scène de la nativité. La tradition veut que trois « rois-mages » soient venus en présence de l’enfant Jésus pour lui apporter trois présents : de l’encens, de la myrrhe et de l’or. De ces trois présents ont été déduits que ces personnes étaient des rois, riches et puissants, et qu’ils étaient au nombre de trois. Hors, lorsqu’on lit l’Évangile selon Matthieu, on peut tout de suite se rendre compte qu’aucune mention n’est faite ni du titre de roi ni du nombre trois et encore moins des noms qui leur ont été donnés : Melchior, Balthazar et Gaspard toujours selon la croyance populaire. En fait, on ne sait que très peu de chose sur ces personnages. L’Évangile n’en dit que les quelques lignes que l’on peut lire dans Matthieu 2.

Mais ce ne sont ni le type de personnage, ni leurs noms, ni leur nombre qui me fascine dans ce passage de l’Évangile, mais c’est le style d’écriture utilisé pour transmettre le message de la naissance de Jésus. L’auteur ne se perd pas en descriptions trop définies du tableau historique, car tout en donnant force détails pour situer l’action, il tourne les projecteurs vers le message central qui est la naissance du Messie prophétisée dans les Écritures anciennes. Son pinceau scriptural dessine dans l’ombre des formes, des personnages qui vont et qui viennent jusqu’à les faire pénétrer dans le tableau central : la rencontre avec l’enfant Jésus. Bien avant les artistes tels Le Caravage (16ème siècle), Rembrandt (17ème siècle) pour la peinture ou encore les portraits photographiques d’Edgar Degas (19ème) ou plus tard d’Edward Steichen (20ème siècle), Matthieu utilise cette technique du clair-obscur pour amener le lecteur à apprécier l’ensemble alors qu’il est invité à rencontrer le Xrist. Les grecs connaissaient déjà cet effet de contraste entre la clarté et l’obscurité. Certes, ce n’était pas exactement comparable à ce que Le Caravage ou Rembrandt ont peint. Cependant, les grecs avaient compris que les figures de couleur sombre sur un fond clair, ou vice versa, impressionnerait davantage le dessein dans l’esprit des gens.

Matthieu ou Lévi, son nom hébreu, notre auteur, était un collecteur de taxes au service de l’empire romain. C’était un publicain qui travaillait à Capernaüm (Matthieu 9 : 9). Lorsque Jésus l’appela pour le suivre, Matthieu était assis au lieu des péages. La ville de Capernaüm se situait sur une route commerciale importante entre Damas et la mer méditerranée qui rejoignait le nord de l’Égypte. C’était un poste frontière muni d’une petite garnison romaine. Les marchandises en provenance de la Grèce devaient transiter par ce lieu dans un sens ou dans un autre. Matthieu n’était donc pas étranger à l’art hellénistique puisqu’il devait en percevoir les frais de douanes. Cela a-t-il influencé son écriture ? Pourquoi pas, bien des écrivains se sont servis de diverses techniques de narration glanées ça et là afin d’aboutir à un style personnel.

Au cours des siècles, nous avons enluminé le message de la grâce divine afin de faire ressortir des éléments moins essentiels en leur donnant un avant-plan non voulu par l’auteur du premier évangile. Bien souvent, on accorde plus d’importance aux enluminures qu’au message du texte. Ces décorations ont beau être rayonnantes, elles ne sont mises en place que pour encadrer le texte et non le remplacer. Matthieu, dans ce passage-ci, veut nous brosser un tableau qui nous amène à diriger nos regards vers l’essentiel. Il s’agit d’un cheminement qu’il cherche à nous faire suivre jusqu’au moment crucial qui est la découverte et l’accomplissement d’une promesse faite dans des temps plus anciens (Michée 5 : 1 par exemple). Afin d’éblouir nos esprit et de faire jaillir la lumière, il utilise cet effet du clair obscur bien connu des peintres et des photographes. Il faut alors que le tableau ait un ou plusieurs thèmes qui s’estompent dans l’arrière plan afin de guider les yeux vers le sujet principal. Au moyen d’une forme qui se distingue, d’une couleur qui contraste avec les autres, les yeux du spectateur peuvent être attirés vers le sujet désiré ou révélé.

Figurines africaines en matière végétale – African figurines of vegetable material (Kenya) 2010

Cette technique littéraire picturale, si je puis écrire, sera reprise avec plus de force par l’apôtre Jean dans le quatrième Évangile. Dans cet écrit, il reprendra le thème de la Nativité sous un autre angle. Fini les distractions, Jean se concentre sur l’essence même de ce qui nous fait vivre : la lumière, la vie et l’amour. Il développera ainsi ce thème tout au long de son livre (Jean 1). Il fait jaillir la lumière et pour cela il la met en contraste avec les ténèbres. Il se sert de cet effet contrastant pour éveiller en nous ce désir de vérité (Jean 8 : 32). Et même si Jean utilise une forme plus abstraite pour parler de la Nativité dont parle Matthieu, il n’en reste pas moins que les deux auteurs présentent le même sujet. Jean a voulu présenter le Verbe incarné (Jean 1 : 1-5 et 1 : 14), Celui qui est à l’origine de toute la création. Plus que cela, Il est la vie (Jean 11 : 25), la lumière (Jean 8 : 12). Jean nous amène à rencontrer Dieu incarné en Jésus-Xrist, ni plus ni moins.

Matthieu quant à lui, nous présente un Jésus historique par la généalogie qu’il présente depuis Abraham (Matthieu 1 : 1-17). Son but est avant tout de certifier aux juifs de son temps que le Messie tant attendu est révélé en Jésus-Xrist. Il n’hésite donc pas à citer un texte du prophète Ésaïe (Matthieu 1 : 22, 23 lire aussi Ésaïe 7 : 14). Il rattache ainsi cet événement de la nativité du Xrist à un texte vieux de 600 ans avant son époque. Les éléments historiques qu’il inclue dans ce texte renforcent donc cet aspect historique du Messie venu au milieu de son peuple en accomplissement ce qui avait été promis. Le roi Hérode précise l’époque dans laquelle l’événement se passe. Les mages quant à eux, témoigne de ce que ce message n’est pas seulement pour le peuple juif, mais aussi pour le monde entier (Matthieu 2 : 1) ; car il est clair que les mages dont il est question dans le texte, viennent de l’Orient. Ont-ils entendu parler de cette naissance extraordinaire auprès des juifs de la diaspora ? Ont-ils interprété dans le ciel des signes astrologiques précis qui leur indiquaient qu’un événement hors du commun allait se produire vers l’ouest ? Quand on sait que certains peuples d’Orient avaient une habileté particulière à interpréter les signes célestes. Rien de plus précis que ce que Matthieu nous indique : « Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l’adorer » (Matthieu 2 : 2).

À leur arrivée, les mages voient le petit enfant puis sa mère (Matthieu 2 : 11). Ainsi l’enfant est aperçu en premier écrit Matthieu. Cet indication a son importance : Jésus est le centre de leur attention. Il est le but de leur voyage. Il est évident que lorsqu’on est dans l’expectative d’un accomplissement d’une promesse, lorsqu’on réalise que ce qui était espérance est devenu réalité, toute l’attention ne peut être détournée de l’objectif fixé. C’est un peu comme un gros plan fait par la caméra sur un sujet particulier lorsque le but est atteint. Cela aide à prendre conscience de l’importance de l’événement. C’est alors que les mages lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe (Matthieu 2 : 11). Origène, théologien exégète né à Alexandrie en 185 et décédé à Tyr en 253 de notre ère, donne une explication intéressante des offrandes faites par les mages : Après qu’on leur eut appris où il devait naître, ils allèrent lui offrir les présents qu’ils avaient apportés, et qui paraissaient destinés pour un sujet composé, s’il faut ainsi parler, d’un Dieu et d’un homme mortel : savoir, de l’or, comme à un roi ; de la myrrhe, comme à une personne qui devait mourir; et de l’encens, comme à un Dieu (Origène, Contre Celse I. 60).

Matthieu avait compris cette relation étroite entre la promesse faite au roi David au sujet de Jésus-Xrist (2 Samuel 7 : 12, 13 et Ésaïe 7 : 14). C’est ce qu’il a voulu démontrer dans la généalogie du premier chapitre (Matthieur 1). Ces mages ont reçu le témoignage naturel de la naissance d’un roi important dans le monde (Matthieu 2 : 2). Les sacrificateurs et les scribes ont confirmé au roi Hérode la source de ces paroles (Matthieu 2 : 5). L’effet de clair obscur utilisé par Matthieu a fait jaillir cette lumière puissante qui éclaire jusque dans les cœurs en réconciliant le ciel et la terre ; ce qui était perdu est maintenant retrouvé.


« Ce peuple, assis dans les ténèbres, a vu une grande lumière; Et sur ceux qui étaient assis dans la région et l’ombre de la mort, la lumière s’est levée.

Matthieu 4 : 16

A propos Yanick Baudequin

Yanick est au Canada depuis 1981. Il a obtenu ses diplômes de cuisine à l’École hôtelière de Gascogne à Bordeaux en France où il a rencontré son épouse. Il a travaillé dans divers restaurants au Québec puis en Ontario. Il vit actuellement à Ottawa avec sa famille. En 1988, il a été ordonné Évangéliste par la Christian Reformed Church in North America, afin d'établir une petite communauté, l'Église chrétienne réformée Saint-Paul. L'assemblée a été fermé en 1999. Yanick, en partenariat avec son épouse, a débuté une entreprise de traiteur, La Gourmandise Ltd, qui continue à opérer aujourd'hui. Il a étudié pendant son ministère à l'Institut de théologie Farel à Québec (Québec), Ottawa Theological Hall à Ottawa (Ontario), Calvin College à Grand Rapids (USA). Il a été ordonné pasteur de l'Église réformée du Québec en 1987. Son but aujourd’hui est de faciliter un dialogue concernant la bible et ses enseignements. Yanick arrived in Canada in April 1981. He was trained as a Cook at the École hôtelière de Gascogne (Catering School) at Bordeaux, France, where he met his wife. He worked in Restaurants in Québec and in Ontario. He lives today with his family at Ottawa in Ontario. In 1988, he was ordained as Evangelist in the Christian Reformed Church in North America to establish a small community named Église chrétienne réformée Saint-Paul that was closed in 1999. In partnership with his wife, Yanick started a catering business in January 2000 named La Gourmandise Ltd that is still operating today. During his ministry, he studied at the Theological Institute of Farel at Québec (QC), Ottawa Theological Hall at Ottawa (Ontario) and Calvin College at Grand Rapids (USA). Meanwhile, he was ordained as a pastor in Église réformée du Québec (Reformed Church of Quebec) in 1987. Today, he desires to share his knowledge concerning the biblical teachings.
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