Les mages

Corresponding English text, The Magi

Jésus naquit à Bethléhem en Judée, à l’époque du roi Hérode. Or, des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem

MATTHIEU CHAPITRE 2 (1)

La fête des rois est bien connue avec sa galette ou gâteau, dépendamment des régions dans lesquelles elle est pratiquée. Une fève est placée au milieu du gâteau; celui qui la trouve devient la reine ou le roi de la soirée. La fève symbolise l’enfant Jésus que les mages ont cherché pendant un certain temps en suivant l’étoile. Les enfants aiment cette fête, car qui n’a pas rêvé d’être couronné dans la famille ?

Les colons de la Nouvelle France au 17e siècle, en continuité avec cette pratique française, fêtaient les rois et les reines en faisant tirer deux galettes renfermant chacune une fève : un gâteau pour les filles et un pour les gars. On profitait même de l’occasion pour entamer une rencontre entre de jeunes gens que l’on verrait bien former un couple. Il faut dire que les voisinages espacés ne permettaient pas des fréquentations diversifiées. Au mariage, l’occasion n’attend pas ! aurait-on pu dire.

Les origines de cette fête remontent aux Saturnales (2) du temps des Romains. Afin de déjouer les journées de malheurs, un esclave était élu roi d’un jour durant laquelle il pouvait faire tout ce qu’il désirait avant de retourner à sa condition habituelle. L’Église a combattu cette pratique avant de la remplacer, au Moyen-Âge, par la fête que nous connaissons aujourd’hui.

Saviez-vous qu’en Espagne, les cadeaux sont distribués aux enfants le 6 janvier appelé Día de Reyes (Jour des Rois) ou Epifanía del Señor (Épiphanie du Seigneur) ?  Les enfants bénéficient de 3 semaines de congé à partir de la semaine de Noël.

Nous avons pris l’habitude durant la célébration de l’Épiphanie de parler des rois mages venant offrir des cadeaux à l’enfant Jésus. Cependant le texte biblique ne cite que des mages. Qui étaient-ils ?

Le texte de l’Évangile de Matthieu ne nous dit pas grand chose quant à l’origine de ces personnes ni même le nombre ni plus que leur identité. Le fait d’avoir présenté trois types de cadeaux : l’or, l’encens et la myrrhe, laisse à penser qu’ils étaient trois. La richesse de ces cadeaux a fait croire que c’étaient des hommes d’importance et donc des rois. Et cependant, nous n’avons pas plus de précision. De plus, nous ne connaissons de leur pays d’origine que le fait qu’ils venaient d’Orient.

En grec, le mage désigne autant un membre de la prêtrise Perse, qu’un magicien d’où est issu le mot en français, ou encore une personne ayant des pouvoirs ou des connaissances surnaturels, ou bien un enchanteur, ou encore un prophète ou devin.

Des érudits égyptiens traduisirent les livres de l’Ancien Testament en grec à la demande de Ptolémée II, environ deux siècles avant J.-C. Cette traduction, que l’on appelle aujourd’hui la Septante, traduit le mot hébreu enchanteur, magicien par mage dans le livre de Daniel chapitre 2 (3). D’après le livre de Daniel ces mages avaient des aptitudes particulières, voire magiques en Babylonie.

Philo, dans son traité les hommes bons sont libres, considérait les mages comme utilisant la magie à des fins scientifiques. Leur recherche dans ces divers domaines, la magie et l’observation des étoiles entre autres, permettait en quelque sorte de faire avancer les connaissances de l’époque : mathématique, géométrie, etc… Voici ce qu’il dit : Ils examinent la nature et ses développements afin de connaître la vérité. Ils deviennent alors des initiés pour enseigner aux autres les vertus divines par des explications claires.(voir son traité sur Les hommes bons sont libres au paragraphe 74)

Le Nouveau Testament, quant à lui, considère les mages comme étant des astrologues qui interprétaient des messages selon les alignements des étoiles. Le livre des Actes des Apôtres rapporte les agissements de Simon le mage (ou magicien) qui avait des pouvoirs surnaturels. Sa conversion soudaine témoigne de son intérêt pour le pouvoir possible par le Saint-Esprit, (lire Actes 8 : 9, 13, 18-24) ce qui lui fût reproché par l’apôtre Pierre.

Comme on peut le voir ci-dessous, les premiers chrétiens ne considéraient pas les mages comme des rois. Leur apparence était plutôt modeste.

Bas-relief d’un sarcophage du 3ème siècle montrant des mages apportant leur cadeaux à l’enfant Jésus. Rome, Italie

Que comprendre donc de ce texte relaté dans l’Évangile selon Matthieu ? Que conclure de la simplicité de ce geste de la part de ces mages ?

Le pouvoir d’interprétation des signes que possédaient les mages, leur permirent de savoir qu’un événement important avait lieu. Non seulement furent-ils au courant de cet événement, mais ils considérèrent que cette nouvelle valait le déplacement. Et de surcroît, ils apportèrent avec eux des cadeaux précieux : de l’or, de la myrrhe et de l’encens. L’on sait que l’or est l’apanage des rois puissants. Il suffit de lire le deuxième livre des Chroniques (4) au chapitre 9 ou encore le premier livre des Rois (5) au chapitre 10 pour comprendre que la puissance du Roi Salomon pouvait se mesurer à sa richesse.

La myrrhe et l’encens étaient des aromates et des parfums de grandes finesses utilisés dans les temples orientaux. La myrrhe et l’encens étaient de valeur égale ou supérieure à l’or. Ces deux parfums étaient également utilisés dans le Temple de l’Éternel. Ils composaient des mélanges si précieux qu’il n’était pas permis de les reproduire pour un usage profane.(6)

Matthieu, l’évangéliste, nous apprend que lorsque les mages arrivèrent à Jérusalem non seulement le roi Hérode mais aussi Jérusalem furent troublés, voire terrassés par la nouvelle qu’ils entendirent. De quoi pouvaient-ils être troublés à ce point ? Fallait-il que l’aveuglement soit tel que le peuple et les autorités de Jérusalem ne se soucient pas des prophéties de l’Ancien Testament ? En fait, c’est là que le bât blesse, car la nouvelle de la venue d’un enfant Roi des Juifs est annoncée par des étrangers, et de surcroît des mages desquels l’Éternel demande de se détourner. La nouvelle est terrifiante pour les Juifs d’alors, car Israël aurait dû être éveillé aux prophéties de l’Ancien Testament. Le peuple, vecteur de la grâce divine, aurait dû être annonciateur de la Bonne Nouvelle dans le monde de la venue du Messie. Cette intrusion des mages par l’interprétation des signes propices à la réalisation du plan divin ne met pas seulement en avant la crainte du roi Hérode d’être détrôné par un enfant, mais aussi le manque d’efficacité de la prêtrise, gardienne de la connaissance divine. (7)

Ceux qui sont considérés comme impurs, deviennent annonciateurs de la Bonne Nouvelle du prophète Michée. (8)

Ce passage est significatif de l’attitude que nous devons avoir dans le monde d’aujourd’hui afin de ne pas perdre de vue le rôle qui est le nôtre. Comme le disait Karl Barth, le pasteur doit se lever chaque matin avec la Bible dans une main et dans l’autre le journal d’actualités. En fait, chaque chrétien devrait avoir cette attitude. L’analyse de l’actualité mondiale est liée aux enseignements bibliques. Les chrétiens sont souvent trop réactionnaires à ce qui se passe dans le monde en tranchant avec l’épée de la Parole. Dieu, à travers les mages, a su ébranler son peuple. Car en se voulant trop critique ou bien en se mettant à l’abri du monde extérieur à l’ensemble de la communauté, on en oublie l’un des commandements remis à l’ordre du jour par Jésus tu aimeras ton prochain comme toi-même. (9).

Bonne et heureuse année 2016

A propos Yanick Baudequin

Yanick est au Canada depuis 1981. Il a obtenu ses diplômes de cuisine à l’École hôtelière de Gascogne à Bordeaux en France où il a rencontré son épouse. Il a travaillé dans divers restaurants au Québec puis en Ontario. Il vit actuellement à Ottawa avec sa famille. En 1988, il a été ordonné Évangéliste par la Christian Reformed Church in North America, afin d'établir une petite communauté, l'Église chrétienne réformée Saint-Paul. L'assemblée a été fermé en 1999. Yanick, en partenariat avec son épouse, a débuté une entreprise de traiteur, La Gourmandise Ltd, qui continue à opérer aujourd'hui. Il a étudié pendant son ministère à l'Institut de théologie Farel à Québec (Québec), Ottawa Theological Hall à Ottawa (Ontario), Calvin College à Grand Rapids (USA). Il a été ordonné pasteur de l'Église réformée du Québec en 1987. Son but aujourd’hui est de faciliter un dialogue concernant la bible et ses enseignements. Yanick arrived in Canada in April 1981. He was trained as a Cook at the École hôtelière de Gascogne (Catering School) at Bordeaux, France, where he met his wife. He worked in Restaurants in Québec and in Ontario. He lives today with his family at Ottawa in Ontario. In 1988, he was ordained as Evangelist in the Christian Reformed Church in North America to establish a small community named Église chrétienne réformée Saint-Paul that was closed in 1999. In partnership with his wife, Yanick started a catering business in January 2000 named La Gourmandise Ltd that is still operating today. During his ministry, he studied at the Theological Institute of Farel at Québec (QC), Ottawa Theological Hall at Ottawa (Ontario) and Calvin College at Grand Rapids (USA). Meanwhile, he was ordained as a pastor in Église réformée du Québec (Reformed Church of Quebec) in 1987. Today, he desires to share his knowledge concerning the biblical teachings.
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1 réponse à Les mages

  1. Claude Baudequin dit :

    Ce récit des mages et non seulement magnifique mais nous ramène aussi au concept de l’adoration. Mot continuellement utilisé à tord et à travers, dénué de sa valeur, et pourtant essentiel à la foi.

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